Bronchiolite du nourrisson : pourquoi la kiné n'est plus systématique
La HAS a recommandé en 2019 de ne plus prescrire systématiquement de kinésithérapie respiratoire dans la bronchiolite du nourrisson. Cinq ans après, ce qu'il faut savoir pour le libéral.

Pendant deux décennies, la kinésithérapie respiratoire était le réflexe automatique devant un nourrisson encombré pris en charge en ville. En 2019, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié des recommandations qui ont bouleversé la pratique : la kiné n'est plus recommandée en première intention dans la bronchiolite aiguë du nourrisson. Cinq ans après, état des lieux et nuances en libéral.
La recommandation HAS 2019
Haute Autorité de Santé. Prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois. Recommandation de bonne pratique. Novembre 2019.
Méthodologie GRADE + revue systématique de la littérature. Conclusions opérationnelles :
- Pas d'indication à la kinésithérapie respiratoire de désencombrement chez le nourrisson hospitalisé pour bronchiolite aiguë.
- Pas d'indication non plus en ambulatoire pour la bronchiolite non sévère.
- À envisager dans certaines situations cliniques particulières (encombrement persistant après la phase aiguë, comorbidité respiratoire chronique, encombrement majeur avec gêne alimentaire).
Cette recommandation s'appuie principalement sur la revue Cochrane (Roqué-Figuls M et al. Cochrane Database Syst Rev. 2016, CD004873) qui n'a pas démontré d'efficacité significative des techniques de kiné respiratoire pédiatriques (AFE, vibrations, percussions, AFE lente) sur la durée d'hospitalisation, la sévérité ou la résolution clinique.
Pourquoi un tel virage
Plusieurs facteurs ont convergé :
Les essais randomisés négatifs
L'essai BRONKINOU (Gajdos V et al. PLoS Med. 2010), conduit en France, est probablement le plus marquant. 496 nourrissons hospitalisés pour bronchiolite, randomisés entre kinésithérapie respiratoire et absence de kinésithérapie : pas de différence sur la durée d'hospitalisation, la sévérité, ni le délai de guérison.
Les essais ultérieurs et méta-analyses ont confirmé ce signal — y compris pour les techniques considérées comme spécifiquement françaises (AFE, expiration lente).
Le risque d'effets indésirables
Plusieurs études ont rapporté des événements indésirables : bradycardie, désaturation transitoire, vomissements, fractures costales très rares. Le rapport bénéfice/risque est défavorable en l'absence d'efficacité démontrée.
Le coût pour le système
La kinésithérapie respiratoire dans la bronchiolite représentait, avant 2019, plusieurs millions d'actes par hiver. Suppression d'une intervention non efficace = économies majeures sans perte de chance.
Ce qui reste indiqué
La recommandation HAS ne supprime pas totalement la kiné dans la sphère respiratoire pédiatrique. Indications maintenues :
- Encombrement persistant après la phase aiguë (5-7 jours), particulièrement s'il gêne l'alimentation.
- Comorbidités : mucoviscidose, dyskinésie ciliaire primitive, cardiopathie congénitale, troubles neurologiques sévères.
- Bronchiolite avec atélectasie documentée (radiographique).
- Drainage instrumental dans des situations très spécifiques (rare en ambulatoire).
L'évaluation clinique reste centrale : si tu vois un nourrisson en cabinet, applique la grille HAS (fréquence respiratoire, signes de lutte, alimentation, comportement) et oriente selon le score.
Quels gestes, quand c'est indiqué ?
Quand l'indication est posée :
- Augmentation du flux expiratoire (AFE) : technique manuelle douce de désencombrement.
- Toux provoquée par stimulation trachéale brève.
- Pas de clapping ni vibrations instrumentales (rapport bénéfice/ risque défavorable).
- Position de drainage adaptée selon le territoire encombré.
Toujours en surveillant : FR, SpO2, comportement de l'enfant, parents informés des signes d'alerte.
Le rôle d'éducation parentale
C'est probablement le rôle le plus important de la kiné aujourd'hui dans la bronchiolite ambulatoire :
- Désobstruction rhinopharyngée (DRP) : technique au sérum physiologique, à enseigner aux parents.
- Signes d'aggravation : refus alimentaire > 50 %, tirage marqué, geignements, baisse de la vigilance.
- Hydratation et fractionnement des repas.
- Tabac et environnement : l'éviction du tabagisme passif est probablement plus efficace que n'importe quelle technique.
Ce que ça change concrètement pour ta pratique
1. Évalue avant d'agir
Devant un nourrisson adressé pour « kiné respi », évalue d'abord la clinique. Si bronchiolite simple sans facteur de gravité : pas d'indication kiné, explication aux parents, surveillance, DRP.
2. Sois clair avec les parents et le prescripteur
Le changement de paradigme déstabilise parfois les familles habituées à « la kiné chaque hiver ». Explique calmement la base scientifique. Si le médecin prescrit malgré tout : dialogue confraternel, pas de combat frontal.
3. Centre-toi sur l'éducation
DRP, signes d'alerte, hydratation, environnement. Une consultation d'éducation parentale bien menée vaut souvent mieux que 10 séances mécaniques.
4. Garde l'expertise pour les indications réelles
Mucoviscidose, encombrement post-bronchiolite persistant, atélectasie : ces situations existent et bénéficient d'une kiné formée. C'est là que ton expertise compte.
Pour aller plus loin
- HAS. Prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois. Novembre 2019.
- Roqué-Figuls M et al. Chest physiotherapy for acute bronchiolitis in paediatric patients between 0 and 24 months old. Cochrane Database Syst Rev. 2016;2:CD004873.
- Gajdos V et al. Effectiveness of chest physiotherapy in infants hospitalized with acute bronchiolitis: a multicenter, randomized, controlled trial. PLoS Med. 2010;7(9):e1000345.
Les cabinets ayant développé une vraie compétence pédiatrique (au-delà de la bronchiolite saisonnière) le précisent souvent dans leur profil Kinexion. Un critère à regarder pour un remplacement.
Écrit par
Équipe éditoriale KinexionRédaction Kinexion — kinés, juristes santé, ingénieurs
L'équipe éditoriale de Kinexion réunit des kinés DE, des juristes spécialisés en droit de la santé et des développeurs basés en France. Chaque article est sourcé sur la littérature scientifique internationale (Cochrane, BJSM, NEJM, JAMA) et les recommandations officielles françaises (HAS, Ordre des kinés, ameli.fr). Pas de remplissage SEO, pas de paraphrase de communiqué, pas de contenu généré sans relecture humaine.
Voir tous les articles de Équipe éditoriale Kinexion →


