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SEP : le HIIT brise enfin le tabou de la fatigue

Pendant trente ans on a conseillé l'épargne aux patients SEP. Les méta-analyses récentes montrent que le HIIT réduit la fatigue et améliore la capacité d'effort.

4 min de lecture
Personal trainer assists amputee in rehabilitation exercise indoors.

Pendant trente ans, on a expliqué aux patients atteints de sclérose en plaques (SEP) qu'il fallait « ménager leurs forces » pour éviter la fatigue. C'était une erreur. La littérature récente est sans ambiguïté : l'exercice — y compris à haute intensité — réduit la fatigue et améliore la capacité fonctionnelle.

Le retournement de paradigme

La fatigue est le symptôme le plus invalidant rapporté par les patients SEP (jusqu'à 80 % d'entre eux). Pendant longtemps, la peur de l'effort (« heat sensitivity », phénomène d'Uhthoff) a justifié des recommandations d'épargne. Plusieurs essais des années 2010 ont déjà montré le contraire ; les méta-analyses 2023-2024 le confirment avec robustesse.

La méta-analyse 2024 sur le HIIT

Edwards T, Pilutti LA, et al. High-intensity interval training effects on people with multiple sclerosis: a systematic review and meta-analyses for exercise capacity and fatigue. Arch Phys Med Rehabil. 2024.

Cette méta-analyse a regroupé 11 essais randomisés (n total ≈ 400 patients) comparant HIIT à des soins habituels ou à un entraînement continu modéré. Résultats :

  • Amélioration significative de la capacité d'effort (VO2max), SMD = 0,29 [IC 95 % 0,05-0,53].
  • Réduction de la fatigue rapportée (échelles MFIS, FSS).
  • Faisabilité confirmée : pas d'aggravation neurologique, pas de poussée déclenchée par l'effort.

Une seconde méta-analyse network (Frontiers in Neurology 2024) compare modalités : HIIT, MICT (continu modéré), résistance, mind-body. Le HIIT est efficace, mais pas supérieur de façon décisive à d'autres modalités sur la fatigue spécifiquement. L'important, c'est d'en faire, pas tant la modalité.

Le protocole HIIT type SEP

Les protocoles validés en SEP sont relativement standardisés :

  • Modalité : vélo ergomètre principalement (limite la chaleur, contrôle de l'intensité).
  • Format : 5-10 intervalles de 60-90 secondes à 80-95 % de la puissance maximale aérobie (PMA), récupération active 1-2 min.
  • Fréquence : 2-3 séances par semaine.
  • Durée du programme : 8-12 semaines minimum.
  • Pré-requis : EDSS ≤ 6,5 dans la plupart des essais.

Et le phénomène d'Uhthoff ?

L'élévation de température corporelle aggrave temporairement les symptômes chez environ 60-80 % des patients SEP. Stratégies validées :

  • Pré-cooling : vêtement réfrigérant, ingestion d'une boisson froide, 15-20 min avant la séance.
  • Environnement frais : salle climatisée à ~20°C, hydratation.
  • Modalité aquatique : piscine à 27-29°C, excellente alternative.
  • Récupération active à intensité plus basse entre les intervalles.

Les symptômes liés à Uhthoff sont transitoires et n'aggravent pas la maladie. Important à expliquer au patient pour lever la peur.

Les recommandations MS Society

Les recommandations consensus (Latimer-Cheung AE et al. Arch Phys Med Rehabil. 2013, actualisées) préconisent :

  • Aérobie : 30 min × 2/sem à intensité modérée à élevée.
  • Renforcement : 2 séries × 10-15 répétitions, 2/sem, sur les grands groupes musculaires.
  • Possible : ajouter du HIIT si toléré, sous supervision.

Ce que ça change concrètement pour ta pratique

1. Désamorce le discours « il faut se reposer »

Le patient SEP arrive souvent persuadé qu'il faut « éviter de se fatiguer ». Reformule : c'est la désadaptation au repos qui aggrave la fatigue, pas l'exercice. La fatigue post-effort transitoire est attendue et bénéfique.

2. Évalue la capacité d'effort avant de prescrire l'intensité

Test sous-maximal (6 min walk test ou test sur vélo), mesure de la FC au repos et à l'effort. Sans baseline, l'intensité prescrite est au doigt mouillé.

3. Anticipe la chaleur

Salle fraîche, gourde glacée, ventilation. Pour les patients très thermosensibles : envisage la piscine en première intention.

4. Cible l'adhésion long terme

L'effet de l'exercice s'éteint dès qu'on arrête. Construis un programme qui peut tenir 6 mois, 1 an, 5 ans. Mieux vaut 2 séances/semaine durables que 4 séances qui s'arrêtent à 3 mois.

5. Sécurité d'abord

Avis neurologue préalable, pas de HIIT en phase de poussée aiguë, adaptation si déficit moteur sévère. Le HIIT n'est pas pour tout le monde — mais la majorité des patients ambulatoires en bénéficient.

Pour aller plus loin

  • Edwards T et al. HIIT effects on people with MS: systematic review and meta-analyses. Arch Phys Med Rehabil. 2024.
  • Latimer-Cheung AE et al. Effects of exercise training on fitness, mobility, fatigue and HRQoL in MS. Arch Phys Med Rehabil. 2013;94(9):1800-1828.
  • Motl RW, Sandroff BM. Benefits, safety, and prescription of exercise in persons with MS. Expert Rev Neurother. 2015;15(12): 1429-1436.

Les cabinets spécialisés en neuro le précisent souvent sur Kinexion (plateau technique, parcours formation). Un point à vérifier pour un remplacement compatible avec cette patientèle.

Tags :SEPsclérose-en-plaquesHIITfatigueneurologie

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