Entorse de cheville : pourquoi PRICE est mort et ce qui l'a remplacé
RICE, PRICE, POLICE, et maintenant PEACE & LOVE. Le protocole de prise en charge des entorses latérales de cheville a évolué — et le repos absolu n'est plus à l'ordre du jour.

L'entorse latérale de cheville représente environ un quart des consultations en traumatologie du sport. Pendant quarante ans, on a appris RICE — Rest, Ice, Compression, Elevation — puis PRICE (Protection ajoutée), puis POLICE (Optimal Loading à la place du repos). En 2019, le British Journal of Sports Medicine a publié un éditorial signé Dubois & Esculier qui a marqué un changement d'approche : PEACE & LOVE.
Pourquoi PRICE ne tient plus la route
Dubois B, Esculier JF. Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE. Br J Sports Med. 2020;54:72-73. (publié en ligne dès avril 2019)
L'éditorial part d'un constat simple : les trois lettres centrales de PRICE (Rest, Ice, Compression) n'ont pas le niveau de preuve qu'on leur prête.
- Rest (repos) : l'immobilisation prolongée retarde la cicatrisation et favorise l'instabilité chronique. La mise en charge précoce est recommandée dès que la douleur le permet.
- Ice (glace) : effet antalgique court terme indiscuté. Mais en application prolongée et répétée sur plusieurs jours, la glace pourrait perturber la phase inflammatoire nécessaire à la cicatrisation tissulaire (Bleakley CM et al. Br J Sports Med. 2012). Pas d'effet démontré sur la récupération fonctionnelle.
- Compression : effet sur l'œdème démontré, mais marginal.
Bref : PRICE ne couvre que la phase aiguë, ne dit rien de la phase subaiguë ni du retour à la fonction, et inclut des composants discutables.
PEACE & LOVE en détail
L'acronyme couvre l'ensemble de la prise en charge, de l'accident au retour au sport.
PEACE — les premiers jours
- Protection : éviter les mouvements qui augmentent la douleur pendant 1 à 3 jours. Pas d'immobilisation stricte.
- Elevation : surélever la cheville au-dessus du cœur le plus souvent possible.
- Avoid anti-inflammatoires : les AINS et la glace prolongée peuvent freiner la cicatrisation tissulaire. À discuter avec le médecin traitant — niveau de preuve modéré.
- Compression : bandage élastique pour limiter l'œdème.
- Education : expliquer au patient que la récupération active est plus efficace que la passivité, et qu'une imagerie n'est pas systématiquement utile (sauf critères d'Ottawa positifs).
LOVE — la phase de récupération
- Load : mise en charge précoce, guidée par la douleur. Pas de marche à béquilles prolongée sans raison.
- Optimism : les croyances du patient influencent significativement la récupération. Un patient qui pense que sa cheville est « foutue » récupère moins bien.
- Vascularisation : exercices cardio-vasculaires précoces (vélo, natation) pour stimuler le retour veineux et la perfusion locale.
- Exercise : programme progressif de renforcement, proprioception et contrôle neuromusculaire. C'est la clé de la prévention de l'instabilité chronique.
Les recommandations internationales 2018
Vuurberg G, Hoorntje A, Wink LM, et al. Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains: update of an evidence-based clinical guideline. Br J Sports Med. 2018;52:956. (Royal Dutch Society of Physical Therapy)
Cette synthèse a évalué la littérature jusqu'en 2017. Conclusions applicables en cabinet :
- Critères d'Ottawa pour décider de l'imagerie (sensibilité ~98 % pour exclure une fracture).
- Traitement fonctionnel > immobilisation plâtrée : la revue Cochrane de Kerkhoffs et al. (2002, mise à jour) a établi cette supériorité depuis longtemps.
- Exercices de proprioception : réduisent significativement le risque de récidive (entre 35 et 50 % selon les méta-analyses). À prescrire systématiquement après la phase aiguë, pour 6 à 8 semaines minimum, idéalement avec poursuite en autonomie.
- Programmes de prévention (type FIFA 11+ ou équivalent) chez les sportifs avec antécédents : effet documenté.
Ce que ça change concrètement pour ta pratique
1. Reformule la consigne « repos »
Le patient arrive souvent avec l'idée qu'il faut « ne pas marcher ». Reformule : protection des mouvements douloureux les 1-3 premiers jours, mais marche en charge dès que la douleur le permet, sans attendre 7 ou 10 jours.
2. Sors de la routine glace-massage-électrothérapie
Ces techniques peuvent avoir leur place ponctuellement (antalgie aiguë), mais elles ne doivent jamais remplacer la rééducation active. Une séance type devrait inclure : mobilisation articulaire, renforcement (péroniers ++), proprioception (plateau instable, unipodal yeux fermés, perturbations externes), gestes fonctionnels.
3. Anticipe la prévention de la récidive
30 à 40 % des entorses récidivent dans les deux ans. Le programme proprioceptif ne s'arrête pas quand le patient ne boite plus : il doit être maintenu en autonomie, surtout chez les sportifs.
4. Documente le pronostic réaliste
Une entorse de stade 2-3 récupère sur 6 à 12 semaines, pas en 2 séances. Préviens le patient et chiffres-le. Le pronostic est meilleur quand on en parle dès J1.
Pour aller plus loin
- Dubois B, Esculier JF. Soft-tissue injuries simply need PEACE and LOVE. Br J Sports Med. 2020;54:72-73.
- Vuurberg G et al. Diagnosis, treatment and prevention of ankle sprains. Br J Sports Med. 2018;52:956.
- Kerkhoffs GM et al. Different functional treatment strategies for acute lateral ankle ligament injuries in adults. Cochrane Database Syst Rev. 2013.
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Écrit par
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